Exposition > Lucien Pelen . photographies & vidéos .....................................
Une exposition galerie ESCA & ARTELINEA art contemporain


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L'Atelier.

Vidéo, 2003, 6'15.

C'est une vidéo performance dans laquelle je me filme nu à l'aide d'une caméra tenue à bout de bras, en train de me prendre en photo au retardateur grâce à un appareil posé sur pied. Les photos ainsi effectuées sont ensuite replacées dans le film au moment où elles ont été prises. Le montage alterne ainsi vues mobiles et vues fixes.
Suite de la série des photos Nus à la lampe, cette vidéo vient éclairer sur la démarche, sur mon rapport au travail. Elle donne pour la première fois un visage au personnage, le mien. Je me mets en scène de façon non anonyme. C'est un autoportrait dans le travail, une sorte de représentation vidéo de l'atelier, une façon de revisiter certaines toiles de Caspar David Friedrich (1) et de Gustave Courbet (2). Elle traite en même temps un aspect ironisé du narcissisme, de l'autoportrait, et vient questionner avec humour les grandes figures, les grandes postures romantiques, par l'aspect paradoxal des vues mobiles et vues fixes.
Cette vidéo traite des thèmes de l'égarement et de la perte de soi, qui sont des mythes profondément romantiques et fait donc référence à la figure de Jacob Lenz (3). Il s'agit de me présenter dépouillé (4), tout en revisitant, réinterprétant, et détournant les figures romantiques.
Semblable à Lenz j'ai gravi la montagne pour y recevoir l'illumination divine symbolisée par la lampe. C'est une invitation à la solitude et à l'errance dans laquelle je suis mon propre spectateur. L'égarement géographique répond à l'égarement mental et contribue au dépouillement du corps - aridité rocailleuse au sommet d'une colline.
C'est une volonté d'être dans le travail comme pouvait l'être Tadeusz Kantor, à la fois chef d'orchestre et acteur principal, dedans et dehors, dehors mais central.
Apporter l'autodérision et le dégagement nécessaire pour ironiser le fait même de concevoir et rejouer ces scènes. C'est entre la volonté de croire à ces représentations et la volonté de montrer que cela ne peut pas exister. C'est un peu une façon d'observer son propre rapport au travail à la manière du personnage principal des romans de John Fante, avec recul, détachement et ironie sur son propre sort.

Lucien Pelen

1-Friedrich (1774-1840), Le moine sur le rivage (1810), Voyageur au-dessus de la mer de nuages (1818).
2-Gustave Courbet, La rencontre ou Bonjour Monsieur Courbet (1854) et L'Atelier du peintre (1855).
3-Cf Le Lenz de Büchner (1813-1837) - « Je ne connais guère d'oeuvre, écrivait Béguin, dont le langage, aux limites de son propre désastre, soit plus que celle de Lenz, nécessairement issue d'un frémissement de tout l'être au contact du néant. »
4-Le Fou ou Le Désespéré de Gustave Courbet (1844-1845).