Ludovic
Bastide
par
René Cadou
Une longue bande de papier blanc enserre
le bas de deux pans de murs de la galerie en se terminant sur son enroulement
où pourrait être dessiné à l’infini le même
motif visible : un grillage de clôture -ou mieux, de cage à poules- à l’échelle
1, troué par endroits, méticuleusement représenté.
Ludovic Bastide laisse apparaître là le même thème
que dans ses gravures petit format : la déchirure.
Le magnifique ordonnancement de cette surface, régulièrement losangée,
se démaille, se déchire par endroits, a été accidenté,
cassant la symétrie tranquille de ces formes géométriques
connues, répétées et bien articulées. Le contour
irrationnel de ces trous dans le grillage signale la trace d’un passage
effectué ou d’une sortie urgente ou bien d’une fuite salutaire,
mais désigne aussi à la fois le maillon faible et une volonté de
rompre. La rouille dévastatrice, actrice apparente, a effiloché le
tissage de fer, la déchirure est là, est arrivée comme arrive
un accident de surface. Le trait noir rend habilement, avec un réalisme
quasi documentaire les torsions du fil de fer manufacturées ou accidentelles,
l’accroc dans la maille emprisonnante et les vides laissés par la
rupture. Ces plages se remplissent des projections de notre imagination, engagée
aussi en cela par la présence proche d’une photo de ciel où vole à tire-d’aile
un oiseau.
La liberté enfin ! Comme une force s’échappant par l’échancrure
d’un grillage, comme un oiseau hors de sa cage ou du filet de l’oiseleur,
comme l’idée hors d’un imaginaire bridé.
Exposition « Champ
de concentration », Ludovic Bastide, à la galerie Bienvenue à bord
(Nîmes), novembre 2005.

