Une
journée comme les autres
par
C. B.
Stéphanie Majoral a répondu avec justesse à l’invitation de La Vigie de confronter seule son travail aux lieux. Puisqu’il ne lui était pas demandé de transposer ici ses œuvres mais tout au contraire de les expérimenter au gré des étages et des espaces de l’ancien hôtel des postes. S’appuyant donc sur l’existant, l’artiste a conçu quatre pièces en adéquation avec l’architecture sans se résoudre à aucune concession.
Pour Une journée comme les
autres, l’artiste a réalisé et
disposé au sol une « marqueterie » de moquette
calquée sur le carrelage existant : chaque morceau a été découpé et
assemblé selon l’original, en respectant à l’identique
dimensions et couleurs. Et pourtant, sur ce sol linéaire et rigoureux,
quelque chose ne colle pas et vient perturber notre œil habitué à la
régularité de « l’échiquier » :
on pourrait dire « un accident » -trois taches insérées
dans la géométrie de la moquette et dont la forme pourrait
rappeler celle de l’encre sur le papier- interrompt soudain notre perception
de la réalité. Stéphanie Majoral convoque notre regard,
jette le trouble sur notre vision et distille le doute. Elle introduit une
rupture dans le motif et transgresse l’ordre : du carré à la
courbe, comme on passerait du glaçon à l’eau. Changement
d’état donc, et changement de temps. Les choses que nous croyons
voir, que nous croyons être, ne sont peut-être pas celles que
nous voyons, que nous croyons. Les choses telles que nous les voyons un jour,
nous les verrons demain d’une autre manière, ou seront autres
elles-mêmes.
En se déterminant à partir de ce que nous assimilons à la
réalité, l’artiste parvient avec malice à nous projeter
dans un espace fictif où il est désormais possible de tout inventer :
au-delà de ce que nous voyons. Et parce qu’il est vivement recommandé de
modifier notre façon d’être au monde. A l’avenir,
ne nous hâtons pas de dire qu’aujourd’hui est une journée
comme les autres.
Exposition « No
Limit » à La Vigie-Art Contemporain (Nîmes), Octobre/Novembre
2005 ; née en 1966, S. Majoral vit et travaille à Marseille.

