La
traversée du désert
par
René Denizot...............................................................................................
Le temps de l'oeuvre est une traversée du désert, aujourd'hui désertée. L'image de l'artiste, la presse de l'art, la culture médiatique détourneent le temps de l'oeuvre dans une débauche d'actualités. Chacun y va de sa culture, de sa famille, de son récit, de sa photographie. Le désert est surpeuplé. L'oeuvre est colonisée par la publicité. L'affichage de la culture, en un contrepoint esthétique, fait valoir d'autres campagnes, religieuses, militaires, sanitaires, monétaires... il est question d'installation plus que d'exposition. Des mirages, des clichés trop humains, superposent étendards et bannières à l'énigme sans visage où se réserve dans les sables le temps mouvant de l'oeuvre et son impassible désoeuvrement.
Sauf à faire de l'artiste un faiseur, il n'y a pas à insister sur le "faire", ni à prêter à l'artiste une autre vocation que de faire oeuvre. Si l'oeuvre fait l'artiste, le passage à l'oeuvre déserte ce que l'artiste sait faire. Il sait que le passage est rapoort d'oeuvre à oeuvre. Il sait que son désir a une histoire. Il sait que cette histoire est écrite dans les oeuvres qu'il connaît. Mais l'oeuvre qui le travaille ne le sait pas. C'est bien ce que remarque Blanchot à propos de Cézanne. C'est aussi l'étrangeté qui expose, au Plateau, le travail que propose Laurent Pariente. Un mur circule, infranchissable, qui enveloppe et développe l'espace intérieur et extérieur de trois salles. Il vide les lieux. Il affranchit l'espace, où nous nous trouvons, où nous nous perdons, où pas à pas, en mesurant l'infranchissable, nous apprenons à avoir lieu.
L'artiste n'a jamais affaire qu'à la cuisine de l'oeuvre don't nous
sommes l'hôte et le festin. L'oeuvre nous avale comme un seul homme.
Si nombreux que nous soyons, son partage singulièrement nous expose,
là où nous sommes, au désert de notre condition. L'ouvre
nous rend au désert élémentaire. Elle conduit à un
no man's land méthodique. Le désoeuvrement est à l'oeuvre
la méthode que rien ne préfigure. Là où le désert
croît, contre la croyance qui fossilise, elle teste la vaillance des
signes et la fertilité de l'arbitraire. Le choix étrange des
artifices dont nous sommes faits, des fictions qi nous donnent lieu, est,
quant à l'oeuvre, la seule exigence qui vaille.
