Entretien
avec Denis Castellas [extrait]
par
Paul Terraillon..............................................................................................
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Paul Terraillon : Vous semblez toujours recouvrir
la toile, et vous dites que chaque tableau en contient de nombreux
en dessous. Opérez-vous selon une dialectique fond/forme ?
Denis Castellas : Je ne sais pas. On est devant un
paradoxe: la vérité s'obtient paraît-il en enlevant
le voile (aletheïa) et je cherche la « vérité » de
chaque toile en ajoutant des voiles. Il ne s'agit pas à proprement
parler de glacis, ma manière de travailler étant plus
largement impulsive qu'artisanale, plus simplement je fais et défais
sans cesse et, comme on dit, je travaille « maigre ». Le geste qui
vient provoque le recouvrement de ce qui est déjà là,
mais laisse parfois partiellement tel ou tel élément,
provoquant une nouvelle configuration et donc la nécessité d'un
nouveau geste pour préciser une piste, une idée nouvelle
qui semble devoir être explorée en justesse et intensité.
Cet effacement, ce recouvrement et cette relance peuvent s'opérer à partir
d'une même image, de manière obsessionnelle et répétitive.
L'espace du tableau est défini et l'espace de l'imaginaire est
lui indéfini : peut-être que la toile est réussie
quand la confrontation des deux crée un nouvel espace, qui est
l'espace du regard, à la fois clos et infini. Par ailleurs,
je ne cherche ni le gadget formel ni la patine antique. Je n'ai aucune
nostalgie d'un art ancien ou d'une peinture d'autrefois, la nostalgie
est un luxe de la jeunesse et je n'en suis plus tout à fait
là.
Paul Terraillon : Pourquoi ne pas vous être engagé dans
une pratique picturale résolument abstraite, puisque les images
ne sont de fait pour vous que des prétextes ?
Denis Castellas : Attention ! Je ne dis pas que les
images n'ont pas pour moi de sens. Ce ne sont pas des prétextes
du tout. Je ne sais pas non plus si elles racontent quoi que ce soit.
Si c'est le cas, après tout, pourquoi pas ? Ce dont je suis
sûr
c'est qu'elles font partie de moi, comme la corne sous les pieds! C'est
plutôt si je m'en tenais à une analytique formelle des moyens
picturaux que je me couperais de toutes les possibilités d'exploration
qu'offre la peinture. Je ne tiens pas du tout à faire une expérience
rigoureuse, scientifique, critique, du tableau. De plus, je ne suis pas
sûr que nous soyons à même de juger de la pertinence
ou de l'obsolescence de certains procédés alors que nous
sommes immergés, sans grand recul, dans l'histoire. Et pour
tout vous dire, je crois que je me moque assez de tout cela.
Paul Terraillon : En somme, vous ne vous situez pas
dans la continuité d'une histoire artistique, ni moderne ni
classique ?
Denis Castellas : Je suis frappé par ceux qui
privilégient la discontinuité des formes dans l'évolution
de l'art et qui cherchent cependant l'ancien dans le nouveau: aimer
une expansion en bronze de César parce qu'elle rappelle un « drapé »
(élément
conventionnel s'il en est) plutôt que comme un César.
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