# spécial

PAPIERS LIBRES, art contemporain # spécial........................................................
numéro spécial > septembre.03
Hamid Maghraoui / Bernard Veyrat
par Christine Boisson

Carnet de bord d'un voyage à New York en état de guerre

21.03.2003 : les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Irak ; Bernard Veyrat s'affaire aux derniers préparatifs du voyage.
23.03.2003 : les bombardements s'abattent sur l'Irak ; Bernard Veyrat s'envole pour New York. De toute façon, c'est forcément moins risqué.
L'artiste délaisse un temps la périphérie de la ville qu'il n'a jamais quitté (genre neuf trois de province) pour s'en aller voir New York en vrai, la ville des feuilletons télé de son enfance. Muni de ses papiers, les poches remplies de CD de son travail (parce qu'on ne sait jamais), troquant colles et pinceaux contre appareil photo, il débarque à New York à l'affût des taxis jaunes, aux aguets des sirènes qui hurlaient dans la télé quand il n'était encore qu'un petit garçon. Qui sait si des fois il passait par là, Huggies les bons tuyaux ... Il se sent bien à New York, Bernard, presque chez lui (le décor, il l'a vu si souvent à la télé). Se lever à 6h00 pour voir les tours briller (il en reste encore beaucoup, des tours), discuter avec les pauvres ou les rappeurs monstres (aussi monstres que les immeubles, à ce qu'il m'a raconté), pousser la porte des galeries pour distribuer ses CD... Bien sûr, il y a cette bouffe immonde qui pose problème. Mais puisque ça n'est que pour une semaine... Pendant ce temps, dans toutes les télévisions du monde, on se demande si la guerre va durer.
Depuis, Bernard Veyrat est rentré. La guerre aura duré. L'après-guerre ne mérite déjà plus son nom. L'artiste ne se fait aucune illusion : le Monde est bien gardé, l'Amérique continue de veiller. Il est seulement apaisé : Huggies n'est plus mais les sirènes de son enfance demeurent.

Quand l'architecture se désolidarise des Hommes...

Les images d'Hamid Maghraoui embrassent les constructions sous un seul angle, en un mode qui exclue les successions continues de points de vue par lesquels passe le promeneur, du fait de son propre mouvement. L'artiste fige les volumes dans une vision devenue irréelle, ensemble des mesures du vide qui exclue l'expérience spatiale. Ses architectures sont une phrase détachée d'un poème dont la valeur essentielle n'est plus celle de l'ensemble.
Les volumes regorgent de lumière, les lieux sont vidés de toute présence humaine mais partout marqués par lui. Les rayons du soleil tombant presque verticalement, l'effet majeur du contraste des ombres dérive de saillies horizontales : nous sommes dans une ville du Midi.
Plein jour et plein soleil dans ces lieux urbains déshérités, monotones pour les hommes indifférents, promis à une fin certaine, à qui l'artiste accorde un sursis. Arpenteur infatigable de la périphérie de la ville où il est né, il s'attache aux lieux que personne ne visite jamais ; il est l'habitué de ces ombres et des journées brillantes. Il connaît par coeur ses façades, ses piles et ses parkings à l'abandon. Porte sur eux un regard attentif et familier, et poursuit avec opiniâtreté les jalons d'un art en chantier.

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Hamid MAGHRAOUI - Bernard VEYRAT



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