It's good for you / Es bon per vos

C'est de la difficulté à se définir en tant qu'artistes que Patrick Maurin et Fabienne La Spesa ont élaboré l'idée de la production M&LS. Touches à tout, artistes prolixes et généreux, ils se sont un jour tournés vers leur production artistique passée et en sont arrivés à se demander comment évoluer d'un mode de création indépendante à une logique de production, sans toutefois perdre de vue ce qui fait d'eux des artistes : comment fournir un travail d'analyse critique de ce qui les entoure, « en observant tant son voisin que l'état du monde à la télé »*.
Mettre en place une production procède justement pour eux d'une déstabilisation de leurs habitudes et dans un même temps, d'une relation critique à l'égard du jugement des « institutionnels » de la culture. En un mot, la production M&LS vise à la reconnaissance du travail de Maurin et La Spesa par le biais d'un objet nettement identifiable (la pomme de terre), au sein d'un territoire artistique et géographique. Au même titre qu'un logo pour une entreprise, l'utilisation d'une forme associée à leurs noms, doit agir comme une image de marque.
Partant de ce postulat, les artistes se sont attelés à la tâche en choisissant un objet-prétexte : la pomme de terre verte -hommage appuyé à Henri Cueco et clin d'oeil respectueux à Claude Viallat-, référence implicite à Parmentier et à sans doute la plus précieuse des plantes alimentaires. Derrière celle qui sauva l'Europe de la famine, on devine le propos des artistes : nourrir les autres de leur art, se nourrir de leur production. D'où le titre explicite de l'exposition : « It's good for you ».
La forme fixée (ils la nomment « icône »), les artistes ont recherché un style, l'ont décliné dans une grande diversité de techniques, livrant une réflexion sur le travail de l'artiste, le marché, les territoires et les impératifs de diffusion auxquels il est soumis, consciemment ou non et auxquels il a recours par obligation ou non. De là la question : comment présenter leurs critiques du système sous la forme d'un produit qui fait précisément partie de ce système ? C'est-à-dire comment travailler comme ils le sentaient, tout en travaillant comme ils le devaient ?

Maurin et La Spesa sont de joyeux chapardeurs d'images et de formes remixées à leur sauce et offertes aux visiteurs dans un désordre vivifiant : pommes de terre modelées artisanalement, peintes sur toile cirée, déclinées en autocollants ou motifs de tapisserie, intégrées à des sculptures ou à des constructions, à des photographies ou à des vidéo...
L'exposition promotionnée par ESCA Shop**, concessionnaire temporaire de leur production, illustre fidèlement la démarche des deux artistes. Les oeuvres sont drôles, vives, foisonnantes dans les formes et les couleurs, généreuses, elles séduisent et racontent le cheminement parcouru depuis l'idée de la production jusqu'à l'exposition. Elles sont un panel de toutes les déclinaisons possibles d'un système de production organisé et pensé, où rien n'est laissé au hasard sinon l'imaginaire de leurs auteurs, et retracent « toutes les étapes traversées par le faiseur (l'artiste), de la conception à la réalisation et à la distribution »* (jusqu'à l'exploitation à ESCA Shop).
En créant leur petite entreprise, Maurin et La Spesa ne se posent pas en porte-parole d'une tradition ou d'une culture : ils « participent aux affaires de leur tribu »* et entendent bien se tailler la part du gâteau...

CB, avril 2003.

*Propos des artistes.
**Concept inventé par Tony Morgan, artiste invité par galerie ESCA, hiver 2002.

It's good for you [une production M&LS]............................
4 avril > 7 juin 2003

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